En France, combien d’employés télétravaillent vraiment ?

En France, combien d’employés télétravaillent vraiment ?

Si l’on se fie aux différentes études réalisées ces 10 dernières années pour estimer combien d’employés télétravaillent, la proportion varie de… 2% à 17% en France ! Soit une personne sur 6 (« Quoi ? C’est injuste, pourquoi pas moi ?!? ») ou une personne sur 50 (« Ah oui, c’est uniquement pour les types de l’informatique qui peuvent tout gérer à distance ! ») ! En tout cas, merci aux différents cabinets, observatoires, instituts et autres associations diverses pour nous avoir fourni des chiffres si précis et exploitables ! Essayons néanmoins d’y voir plus clair…

Des chiffres farfelus, orientés ou mal définis ?

Un premier rapport, remis par le cabinet Greenworking en mai 2012 au très officiel Ministre chargé de l’Industrie, de l’énergie et de l’économie numérique, affirme que 12,4% des employés français pratiquent le télétravail. Un mois plus tard, ils sont 17% selon une publication du cabinet LBMG Worklabs… Soit une augmentation de 37% en un mois ! C’est vrai qu’il y avait l’Euro en Pologne et en Ukraine, mais les performances (modestes) de l’équipe de France ne justifient pas à elles-seules cette explosion… Le hic , c’est que ces chiffres proviennent d’entreprises qui font leur business autour du télétravail ! Respectivement de l’ « accompagnement au changement et la mise en place opérationnelle » et de la location de lieux de travail ! De là à dire que ça manque un peu d’objectivité…

A l’inverse, quelques années plus tard, l’institut Odoxo réalise en mars 2015 un sondage qui révèle qu’ils ne sont plus que 2% à télétravailler ! Chiffre qui est confirmé empiriquement sur un échantillon de 500.000 salariés par la 5ème enquête OBERGO (OBservatoire du télétravail, des conditions de travail et de l’ ERGOstressie… si si, ça existe !) publiée en février 2016. La bataille de chiffres est livrée avec un tel écart que l’on peut douter de l’utilisation de paramètres identiques dans ces 2 études, notamment en ce qui concerne la définition-même du télétravail.

Qui définit le télétravail ?

C’est sans doute ici que réside l’explication d’un tel écart ! Le statut juridique du télétravail en France a été défini initialement de façon très restrictive. Du coup, il a nécessité au total 3 textes successifs pour appréhender son exhaustivité et son évolution :

  • l’Accord National Interprofessionnel de 2005 ;
  • la loi Warsmann du 22 mars 2012 ;
  • les ordonnances Pénicaud de septembre 2017 sur la réforme du Code du Travail.

Les deux premiers textes ont donné un cadre juridique au télétravail pratiqué « de façon régulière » et fixé entre autres les principes suivants :

  • le double volontariat de l’employeur et du salarié ;
  • la réversibilité à l’initiative de l’un ou de l’autre ;
  • l’inscription dans le contrat de travail (dès la signature ou par avenant).

Ce cadre restrictif et contraignant ne faisait aucune place au télétravail occasionnel. Même si son usage s’est par la suite révélé le plus fréquent, il n’avait pas d’existence légale et restait informel… D’où les difficultés à le prendre en compte. Les ordonnances de juillet 2017 ont rectifié le tir en précisant notamment à propos du télétravail que :

  • il n’est plus nécessaire de l’inscrire dans le contrat de travail pour y avoir recours ;
  • le télétravail occasionnel peut-être mis en oeuvre au cas par cas par simple accord ;
  • l’employeur doit justifier son refus lorsque la demande émane de l’employé.

Et maintenant ?

Que faire donc de ces différents chiffres sur combien d’employés télétravaillent ? Faut-il les jeter à la poubelle, pour tous ceux inférieurs à 2017, puisque la définition n’était pas la même d’une étude à l’autre ? Pas forcément, on peut estimer que le bas de la fourchette devait sans doute correspondre au télétravail régulier ou total (environ 2 à 5%) tandis que le haut devait inclure également le télétravail occasionnel ou informel (15 à 18%), avec un exemple concret traité dans cet article. La bonne nouvelle ? Puisque tout est maintenant clairement défini, les prochaines études délivreront des chiffres beaucoup plus fiables ! Et elles permettront à chacun de mieux se situer ainsi que leur entreprise par rapport à cette évolution…

Cet article vous a intéressé et/ou appris quelque chose ? Pensez à partager ce lien sur facebook, instagram, linkedin ou twitter !

Droit du télétravail, Etudes & statistiques

Laisser un commentaire